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AAC – Colloque international “Histoire de la culture de masse : la part amateure”

Pau, 12-13 novembre 2026

Colloque international organisé par les laboratoires ITEM et ALTER (Université de Pau et des pays de l’Adour), avec le concours de la Région Nouvelle-Aqutaine, des universités de Paris-1 Panthéon-Sorbonne (programme “Philies”, CHS) et de Paris-X (CSLF). 

Comité d’organisation : Fabien Archambault, Loïc Artiaga, Pascale Goetschel, Emilie Guyard, Matthieu Letourneux, Julie Verlaine

Présentation

L’historiographie de la culture de masse est désormais bien établie et ce domaine constitue un secteur particulièrement dynamique de la recherche en histoire culturelle. L’apport des historien·nes a été fondamental pour périodiser le phénomène, préciser sa cartographie, celle de ses territoires, de ses agents et de ses structures. Mais le milieu académique n’a été ni le seul ni le premier à s’intéresser à ces sujets. Le colloque des 12 et 13 novembre 2026 propose de porter l’attention sur la part amateure de cette histoire, des pionniers et collectionneurs jusqu’aux aca/fans.

Amateur : le terme s’oppose de façon classique à celui de « professionnel ». « La profession historienne apparaît au tournant des années 1880 quand les facultés des lettres se mettent à enseigner véritablement l’histoire. Auparavant, il y avait des amateurs […] mais pas une profession, c’est-à-dire une collectivité organisée, avec ses règles,  ses procédures de reconnaissance, ses carrières »[1]. L’extension des domaines et interrogations portées par les historiens et historiennes de métier laisse toutefois de nombreux territoires en friche, jugés moins prioritaires ou légitimes. Le projet collectif AmateurS (2019-2022) a ainsi montré l’étendue des domaines et pratiques hors des laboratoires dans le domaine des sciences[2].

Celui de la culture de masse reste à défricher, même si des travaux ont éclairé tel ou tel secteur. Sophie Maisonneuve a par exemple documenté la constitution dans les années 1920 des savoirs inédits sur l’histoire de la musique, qui mettent à profit l’industrie naissante du disque pour contribuer à des patrimonialisations nouvelles, bientôt complétées par des manuels, des revues[3], à la suite de francs-tireurs qui avaient commencé à étudier la dimension sociale des œuvres musicales[4]. L’étude du cinéma ou celle de la presse ont également leurs pionniers. Georges-Michel Coissac, militant de la Société d’instruction populaire et travaillant pour la Maison de la Bonne Presse apparaît ainsi comme un des premiers historiens du cinéma, publiant en 1925 un ouvrage qui fera longtemps référence[5]. L’université n’accueille le cinéma que plus tard, dans les années 1950, dans des contextes isolés et optionnels, sans toujours donner une grande place à l’étude des productions les plus populaires.

Le colloque vise à situer la part de ces savoirs constitués hors du champ académique dans la connaissance de la culture de masse, à en repérer les principaux acteur·ices, à étudier les convergences et concurrences avec les universitaires. Il s’agira de repérer les figures pionnières mais aussi, dans un contexte d’extension des sciences amatrices, les initiatives collectives de collectes et de partage, les premières mises en réseau, les entreprises marchandes et/ou d’échange ou de valorisations financières et symboliques. L’intérêt pour la culture de masse produit des formes particulières de pratiques amateures, conduisant en premier lieu à la sauvegarde de supports destinés à disparaître, comme les comics trips des journaux du début du XXe siècle[6]. Se constituent ainsi des collections considérées aujourd’hui comme relevant d’une grande valeur patrimoniale, comme celle de Claude Witkowski (1914-1993), conservée depuis peu à l’université de Limoges : elle représente un témoignage unique sur les premières collections de romans et feuilletons populaires.

Le colloque permettra d’esquisser des typologies des amateurs, de repérer le travail de médiation qu’ils opèrent (conférences, associations, éditions, sites et blogs), de réfléchir à la nature et aux destinées de leurs archives. Celles-ci intéressent les institutions culturelles (comme le Musée de la bande dessinée d’Angoulême ou la Bibliothèque nationale de France) que les éditeurs, qui multiplient les projets de valorisation[7].

Les communications permettront d’interroger les conditions concrètes de la production des savoirs amateurs, les mécaniques de légitimation. Une place importante sera donnée à la réflexion sur la question numérique. Patrice Flichy a montré comment Internet a accompagné l’émergence de « pro-am » (professionnels-amateurs)[8], dont l’activité participe à la fabrique d’identités sociales nouvelles et valorisantes et nourrit la démocratisation des savoirs.  Il s’agira, enfin, de nourrir la réflexion déontologique des historiens dans leur lien avec les amateurs : comment attribuer la part du travail de chacun, valoriser sans s’approprier les recherches des autres, comprendre les buts et méthodologies différentes.

Les axes suivants seront favorisés, avec, pour l’ensemble du colloque, une attention particulière aux mécanismes de circulations transnationales et aux cas permettant des comparaisons internationales :

1. Généalogie. Cet axe propose d’interroger les premières formes de savoirs constitués hors du champ académique sur la culture de masse. Il s’agira notamment d’identifier les figures pionnières (autodidactes, collectionneurs, érudits, etc.) et d’examiner leurs trajectoires, leurs productions et supports de diffusion. On analysera ici les contextes particuliers qui permettent leur émergence.

2. Institutionnalisation. Le monde amateur se caractérise par des dynamiques sociales à l’origine des premières associations, de revues et de fanzines, parfois de musées qui se consacrent à des objets particuliers (comme les nombreux musées dédiés à la radio et à la TSF). La reconnaissance progressive de la dimension patrimoniale, mais aussi la prise en compte de la « cote » et de la valeur financière des collections, changent le statut des objets médiatiques conservés. À la faveur de l’extension des domaines couverts par les politiques culturelles, des musées se spécialisent dans la conservation et la mise en valeur des imprimés populaires, de la bande dessinée ou aujourd’hui du jeu vidéo, transformant des objets, dès lors totalement ou partiellement « artifiés »[9] et objets de politiques publiques de valorisation.

3. Savoirs. Les controverses entre amateurs et « professionnels » de l’histoire de la culture médiatique reposent moins sur des questions de sujets que de méthodes. On s’interrogera sur la place réservée aux savoirs amateurs dans les épistémologies contemporaines, leurs requalifications éventuelles (érudition, encyclopédisme, etc.) et ce que celles-ci révèlent des enjeux spécifiques au champ des études sur les questions médiatiques. Le domaine voit émerger des figures hybrides, autour de la notion d’aca/fan, revendiquée par Henry Jenkins qui cherche à « combler le fossé entre [..] deux mondes »[10], celui des fans et le monde académique. Le positionnement de Jenkins – qui, d’ailleurs, a évolué dans le temps[11], n’épuise pas la question des liens et limites entre amateurs et savants, qui doit aussi être envisagée dans sa dimension éthique.

4. Postérité. Ce quatrième axe invite à interroger les devenirs des savoirs et des pratiques amateures : comment se modifient les pratiques des amateurs et celles des professionnels, au-delà des formes de rejet ou d’absorption ? Existe-t-il des formes d’apprentissages mutuels ? Quel rôle jouent ici les institutions académiques et culturelles dans le partage des savoirs ? Quelle place est donnée par exemple aux amateurs dans les récits disciplinaires ou dans la constitution des « canons » du populaire ? On s’interrogera également sur l’intégration des amateurs et des amateurs dans les dispositifs institutionnels (commissariats d’exposition, expertises, collaborations éditoriales, mobilisation de canaux à l’accès démocratisé sur le web, etc.) et aux frontières redessinées, sur fond d’enjeux de représentation et de légitimité qui se déplacent, entre amateurs et chercheur·ses de métier.

Le colloque proposera un atelier destiné aux jeunes chercheur·es. En effet, la nature particulière des objets de la culture de masse et la cohabitation avec les savoirs amateurs implique tout à la fois des méthodologies et des stratégies particulières d’accès et de traitement, alors que la multiplication des producteurs d’histoire (médias, collectivités territoriales, agences de communication…) interroge, plus qu’auparavant sans doute, le rôle de l’histoire dans des sociétés fortes consommatrices de passé.

Modalités de soumission des propositions

Les propositions de texte, rédigées en anglais, en espagnol ou en français, sont soumises sous forme de résumé comprenant entre 200 et 300 mots avec mention de l’axe envisagé. 

Chaque proposition doit indiquer les éléments ci-après : nom(s) et prénom(s) de l’auteur·ice/des auteur·ices, affiliation institutionnelle, statut, adresses électronique et téléphonique, toute autre référence permettant d’identifier l’auteur à l’international.

[1] Antoine Prost, Douze leçons sur l’histoire, Paris, Seuil, 2014.

[2] https://ams.hypotheses.org/

[3] Sophie Maisonneuve, « L’industrie phonographique et la patrimonialisation de la musique dans la première moitié du XXe siècle », Le Temps des médias, 22-1, 2014, p. 77‑91.

[4] Rémy Campos, « Philologie et sociologie de la musique au début du XXe siècle », Revue d’histoire des sciences humaines, no 14-1, 2006, p. 19‑47.

[5] Georges Michel Coissac, Histoire du cinématographe de ses origines à nos jours, Paris, Hachette Livre BNF, 2022 [1925].

[6] Benoît Crucifix, Drawing from the Archives: Comics Memory in the Contemporary Graphic Novel, Cambridge, United Kingdom ; New York, NY, Cambridge University Press, 2023.

[7] Benoît Crucifix, « Sortie des encombrants : Fabrique du patrimoine de la bande dessinée de journal aux États-Unis », Sociétés & Représentations, 53-1, 2022, p. 167‑186.

[8] Patrice Flichy, Le Sacre de l’amateur: Sociologie des passions ordinaires à lère numérique, Paris, SEUIL, 2010.

[9] Nathalie Heinich, « L’artification de la bande dessinée », Le Débat, 195-3, 2017, p. 5‑9.

[10] Henry Jenkins, « Chapitre 8. Confessions d’un Aca/Fan », in Introduction à l’étude des cultures numériques, Armand Colin, 2020, p. 173‑176.

[11] Henry Jenkins, Dawn of a New Era: Reinventing Confessions of an Aca-Fan — Pop Junctions, http://henryjenkins.org/blog/2022/10/15/new-editors,  consulté le 13 février 2026.

 

La culture de masse en France. Tome 2. 1930-1990

La culture de masse en France. Tome 2. 1930-1990
Par Loïc Artiaga et Matthieu Letourneux


La Découverte, 2026


Coll. Repères, 128 pages

Présentation de l’éditeur 


Entre 1930 et 1990, la culture de masse s’impose en France avec l’essor des industries culturelles et l’intensification des liens entre culture et consommation. Que nous apprennent ces transformations, liées à l’augmentation du niveau de vie, à la diffusion des équipements (radio, télévision, électrophone, magnétoscope, etc.), à l’avènement de la société de loisir… ? L’analyse des logiques de production et de diffusion à grande échelle dessine un nouveau portrait de la société française. Celle-ci est traversée par des aspirations à participer à un monde en mutation où règnent sons, textes et images, mais aussi à en contester les fondements et les centres de pouvoir. L’histoire de la culture de masse éclaire également les relations entre l’État et les médias. Elle met en évidence la proximité entre les productions culturelles et les logiques consuméristes. Elle révèle plus largement ce que les nouvelles pratiques collectives disent des imaginaires, des désirs, des résistances et de la quête paradoxale de singularité dans une culture massifiée.

En ligne sur Cairn 

JE Passions martiales

Organisées dans le cadre du réseau Philies “Pour une histoire contemporaine des passions culturelles collectives”, les journées d’études Passions martiales auront lieu les 17 et 18 octobre 2025 à l’Université de Pau et des Pays de l’Adour.

Attention changement de salle : 

Vendredi 17 octobre, la journée aura lieu à l’Amphithéâtre de la Présidence de l’UPPA (et non en Salle Chadefaud comme précédemment indiqué))

Samedi 18 octobre, la journée est maintenue en salle du conseil au bâtiment Droit Eco Gestion

Journées accessibles au plus grand nombre, en présentiel à l’UPPA et en visioconférence (lien sur demande : loic.artiaga@univ-pau.fr)

Présentation

Ces journées visent à baliser les pratiques qui relèvent des passions martiales, du début du XIXe siècle à nos jours, à comprendre leurs évolutions, leurs ancrages politiques et sociaux. Elles s’inscrivent dans le travail du collectif « Philies », consacré aux passions ordinaires, à l’histoire des organisations dédiées à l’exercice et à la promotion de ces passions, celle de leur institutionnalisation et de leur professionnalisation, mais aussi celle des partages et des transmissions. Elles rassemblent à Pau des chercheur·ses de différentes universités européennes spécialistes de ces questions et associent des acteurs associatifs”.

Programme

17 octobre 2025

Université de Pau et des pays de l’Adour, Amphithéâtre de la Présidence de l’UPPA

9h00 Accueil des participants

9h15 Ouverture, Laurent Jalabert (Pau, ITEM)

9h30 Introduction, Fabien Archambault (Paris I, CHS) et Julie Verlaine (Tours, Cethis)

10h00-11h45 Session 1. Cultures martiales et politiques des armes (France–Italie, XIXe–XXe siècles)

Discutée par Fabien Archambault (Paris I, CHS) 

·         Anna Moro (Padoue, ERC EU-Guns), The Making of Martial Youth: Nationalism, Masculinity, and Physical Training in Italy and France (1861-1914)

·         Roxane Bonnardel Mira (Padoue), Ramener les fusils du front. Du souvenir martial à la répression des dépôts d’armes (France, années 1920-1930)

·         Matteo Millan (Padoue), Présentation de l’ERC GUN

13h45-15h30 Session 2. Arts martiaux d’Asie en France : circulations, imaginaires et réinventions

Discutée par Benoit Gaudin (Versailles Saint-Quentin-en-Yvelines, lab. Printemps)

·         Julie Pincot (Pau, ITEM), Pourquoi certains Français pratiquent-ils les arts martiaux chinois ? Représentations et objectifs des pratiquants français (1970-2014)

·         Mickaël Langlois (Lausanne, CRHIM), Les arts martiaux vietnamiens en France

15h45-18h30 Session 3. Matérialités populaires du patrimoine militaire

Discutée par Pascale Goetschel (Paris 1, CHS) 

·         Charlotte Goetgheluck (Amiens, lab. Habiter le monde), Patrimoines de guerre en circulation : enquêter sur les bourses militaria

·         Frédéric Chateigner (Tours, CITERES), Les « petits avions » entre culture technique et culture militaire (France, de l’après-guerre à nos jours)

19h00 Conférence au sabre à la salle d’armes de la Section paloise

18 octobre 2025

Université de Pau et des pays de l’Adour DEG, salle du conseil

9h00-9h45 Table ronde « Reconstitutions historiques ». Animée par Pierre Courroux et Yannick Pouey-Mounou (Pau, ITEM)

10h-11h30 Session 4. Genres en armes

Discutée par Lampros Flitouris (Ioannina)

·         Lucie Hémeury (Lausanne, CRHIM), Une pratique martiale au féminin : le cas de l’escrime en Argentine, de la fin du XIXe siècle aux années 1960

·         Marine Nédélec (Paris I), Combats féminins, passions martiales entre fantasmes et réalités

11h30-12h00 Conclusions Loïc Artiaga (Pau, ITEM), Pascale Goetschel (Paris I, CHS)

Contact

loic.artiaga@univ-pau.fr

Appel à communications – Journée d’étude Les institutions sportives et les pratiques minoritaires

Appel à communications “Les institutions sportives et les pratiques minoritaires (1920-2020)”
Journée d’étude, Pau, 20-21 novembre 2025
Date limite de soumission de vos propositions de communications : 1er juillet 2025

Les laboratoires MEPS et ITEM (Université de Pau et des pays de l’Adour) ont lancé une initiative commune de recherche portant sur les « Sports et pratiques physiques en contextes minoritaires. XIXe-XXIe» : elle vise à susciter une nouvelle ou contre-histoire du sport, dégagée des récits dominants (sports de masse, compétitions majeures, etc.) et restituant la mosaïque des pratiques minoritaires qui, combinées, forment en réalité l’essentiel de l’expérience sportive ou quasi-sportive au XXe siècle et début du XXIe : pratiques au développement faible, sports à petit capital symbolique et économique, groupes de pratiquants minoritaires et/ou discriminés ou encore clubs portant des revendications politiques minoritaires. Ainsi il s’agit de comprendre comment s’est exercée, déplacée et déjouée la domination en contexte sportif.

La manifestation des 20 et 21 novembre vise à rassembler des chercheur·ses en sciences humaines et sociales, travaillant à l’échelle européenne. La thématique retenue, autour du processus d’institutionnalisation et des fédérations sportives, associera à la manifestation des acteurs du monde fédéral. Le prisme de l’institutionnalisation autour de réflexions collectives permet au-delà des différentes approches, théories et modèles, de rendre compte de la singularité et de la dynamique du champ sportif et des pratiques physiques en général.

Inspirée par les travaux de sociologie classique, l’institutionnalisation constitue une question centrale des travaux portant sur l’histoire des sports et des pratiques physiques. La montée en puissance des fédérations dans les premières décennies du XXe siècle, combinée à l’apparition des premières politiques publiques dans l’entre-deux-guerres, ont permis au sport de devenir l’une des manifestations les plus éclatantes de la culture de masse, à travers son spectacle et sa pratique.

La démocratisation du sport contribue et contraint les organisations sportives à définir et entretenir des relations contractualisées avec les autres puissances sociales comme autant « d’optimisation du politique » (Callède, 1998) précisément par investissement organisationnel et reconnaissance publique. La construction des identités nationales à travers le sport a également contribué à la valorisation de certaines pratiques au détriment d’autres formes d’expression physique, perçues comme moins conformes aux idéaux dominants. Si l’institutionnalisation du sport s’est accompagnée d’une forte politisation, avec l’émergence de programmes publics visant à encadrer et promouvoir certaines disciplines, elle en a également marginalisée d’autres (Rigauer, 1981).

Mais l’institutionnalisation, si elle est un processus général, a aussi créé des situations, sinon de monopole, du moins de domination. Le système sportif hérité des années 1930, dominé par quelques sports (Markovits 2001) a peu bougé à son sommet. Pourtant, la massification des pratiques qui étend le phénomène est marquée par une explosion des formes, qui pour certaines mettent à mal dans leurs objectifs et valeurs les modèles hérités du XIXe siècle (Loret, 1995).

L’institutionnalisation répond donc à deux grandes logiques : celle de la mondialisation (culture médiatisée) et celle de la diversification des affirmations identitaires. S’agissant de ce deuxième volet, l’individualisation et l’affirmation de l’individu en tant que sujet actif et responsable de son devenir remet fortement en cause la légitimité des institutions officielles, celles-ci représentant désormais de moins en moins la (totalité) réalité sociale du sport. Ainsi, si l’institution sportive est bien l’enfant de la modernité, l’avènement d’un sport dans un contexte d’hyper- ou de post- modernité se voit marqué par l’affirmation et l’autonomisation d’une pluralité de communautés sportives en quête de reconnaissance et d’existence pérenne dans lesquelles la pluralité des représentations des acteurs donnent une variété de sens et de direction au sein même du déploiement du processus d’institutionnalisation (K. Weick, 1969).

Enfin, l’institutionnalisation ne se limite pas à la structuration administrative et réglementaire des pratiques physiques, elle engage également une dynamique d’uniformisation et de rationalisation des corps et des techniques (Elias, Dunning, 1986). Par le biais de la codification, de la spécialisation et de la standardisation, les pratiques sportives ont été progressivement soumises à des critères de performance et de mesure, écartant des formes traditionnelles ou ludiques de pratiques. Ce processus a consolidé l’autorité des fédérations internationales et renforcé la légitimité des grandes compétitions, en les érigeant comme des références incontournables (Bourdieu, 1984).

Ainsi, la journée d’étude veut questionner une situation paradoxale : les dix « grands sports » (football, tennis, équitation, basket-ball, judo, handball, golf, natation, rugby, athlétisme), cumulent les effectifs les plus massifs et écrasent en termes de représentations médiatique en ne comptant que la moitié des licencié·es en France. L’expérience majoritaire de la pratique sportive ou physique institutionnalisée se situe donc ailleurs.  Ce sont pourtant les « grands sports » et les compétitions majeures qui les mettent en valeur, championnats du monde et jeux olympiques, qui ont été les principaux sujets des études en sciences humaines et sociales.

En mettant l’accent sur les institutions sportives, cet événement scientifique permettra de comprendre les stratégies de reconnaissance, de questionner la singularité des dynamiques minoritaires et  de mettre en valeur l’agentivité d’acteur·ices minoré·es par l’histoire du sport. Par ailleurs, les approches historiennes,  sociologiques et anthropologiques favoriseront l’examen des significations culturelles, politiques des pratiques sportives minoritaires en interrogeant leurs stratégies de conformité tout en gardant une spécificité identitaire (Bromberger, 1995) 

Les communications peuvent s’inscrire dans les thèmes suivants : 

1. Nouveaux cadres conceptuels pour penser l’histoire du sport et des cultures physiques

2. Histoire des fédérations sportives “invisibles” ou “sans histoire” et des institutionnalisations “ratées”

3. Jeux, sports et danses: entre stratégies identitaires locales et institutionnalisations sportives

4. Cartographie des jeux et sports minoritaires  

Date limite de soumission de vos propositions de communications : 1er juillet 2025

 

Contact 

Loïc de la Croix loic.de-la-croix @ univ-pau.fr

Loïc Artiaga loic.artiaga @ univ-pau.fr

Comité scientifique

Loïc Artiaga

Loïc de la Croix

Manon Jalabert

Mathilde Lamothe

Laetitia Nadau

Julie Pincot

Appel à communications – « Passions martiales »

Appel à communications

« Passions martiales », journée d’études organisée dans le cadre de « Philies : Pour une histoire contemporaine des passions culturelles collectives »

Université de Tours (Cethis) / Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne (Centre d’histoire sociale des mondes contemporains) / Université de Pau et des pays de l’Adour (ITEM).

17/18 octobre 2025, Pau

Date limite : 2 juin 2025

Il est des termes trompeurs. Les « passions culturelles collectives » pourraient être considérées comme consubstantielles de l’excès, du débordement, de renversement. Or l’histoire contemporaine appelle à la nuance : elles constituent des phénomènes sociaux, inscrits dans des codes et des rites, obéissant à des normes, régies par des lois (sur la liberté d’association, sur l’organisation d’événements publics, etc.). La hiérarchie et l’ordre peuvent même en être des principes organisateurs, jusqu’à devenir passion nichée à l’intérieur de la passion : organiser la vie d’une association, tenir le calendrier de ses manifestations, publier avec ponctualité un fanzine dans un format maîtrisé. L’horizon émancipateur que l’on associerait volontiers aux passions culturelles n’empêche pas leur organisation rigoureuse.

L’ordre qui fait tenir les passions culturelles collectives peut aussi constituer leur objet d’élection. Cette disposition est particulièrement visible dans le goût pour les cultures martiales. Celles-ci trouvent historiquement leurs racines dans l’intérêt pour le domaine militaire, notamment pour son histoire, intérêt qui se vérifie encore aujourd’hui par les ventes d’ouvrages et de magazines spécialisés. Cependant, dès les années 1860, elles se doublent d’initiatives traduisant un goût pour l’action militaire : c’est le cas, par exemple, des sociétés conscriptives en France ou des sokols dans l’Empire austro-hongrois. L’essor de la culture sportive offre un nouveau cadre. Dès lors, le terme « arts martiaux » sert à désigner de nombreuses pratiques qui, nées dans un environnement militaire, se développent dans le monde associatif et visent une forme de vivre-ensemble ainsi que des objectifs de performance physique. Toutefois, ce que l’on entend par « passions martiales » à l’époque contemporaine dépasse ces pratiques : collections de militaria, intérêt populaire pour les fictions de guerre et, plus tard, pour les simulations de guerre (jeux de plateau, jeux vidéo), reconstitutions armées et costumées de batailles, musées consacrés aux guerres et aux objets qu’elles produisent. Loin d’être cantonnée aux temps et aux zones de conflit, la passion martiale s’inscrit dans un continuum de temps remarquable.

La journée d’études vise à baliser les différentes pratiques qui relèvent des passions martiales, du début du XIXe siècle à nos jours, à comprendre leurs évolutions, leurs ancrages politiques et sociaux. Elle s’inscrit dans le travail du collectif « Philies », qui se consacre aux passions ordinaires, à « l’histoire des organisations dédiées à l’exercice et à la promotion de ces passions, celle de leur institutionnalisation et de leur professionnalisation, mais aussi celle des partages et des transmissions »[1].

Les communications pourront répondre aux pistes suivantes, par des saisies panoramiques ou des études de cas :

1/ Institutions, réseaux, encadrements : les passions martiales s’inscrivent dans une histoire de groupes sociaux, potentiellement d’institutions qui les soutiennent (armées, collectivités, fédérations par exemple) et s’accordent avec un cadre légal qui peut favoriser ou limiter les passions martiales (en France loi sur 10 janvier 1936 sur les groupes de combat et milices privées). Il s’agit également de comprendre les spécificités de l’encadrement des passions martiales, par rapport à d’autres types de passions collectives.

2/ L’ordre du corps : de nombreuses passions martiales se vivent et s’incarnent physiquement. Leur lien avec l’exercice militaire peut être direct, l’exercice servant de propédeutique au combat. Il peut être distant, voire pensé comme contention et contrôle de la violence. Arts martiaux dans leur grande diversité, pratiques de tatouage nourries de l’imaginaire militaire et, plus généralement, discours sur le corps pourront être étudiés ; la question du genre et celle du tropisme viril également.

3/ Acteurs : l’identification de ces passionnées et passionnés, à titre individuel ou collectif, peut mobiliser des critères sociaux et politiques divers (générations, sexes, appartenances, origines ethniques et sociales, groupes sociaux, etc.) qu’il s’agit d’interroger. Réciproquement, ces pratiques partagées nourrissent des sociabilités, contribuent à façonner des identités et participent de logiques de distinction et de différenciation.

4/ Objets, lieux et espaces : les passions martiales se fixent sur de nombreux objets qui peuvent engager des pratiques de collection. C’est le cas des militaria, artefacts ou répliques d’objets militaires : armes, décorations, uniformes mais aussi modèles réduits et soldats de plomb. Leur échange donne lieu à des conventions, des forums, des revues. L’histoire de ces objets recoupe en certains points celle des jouets.

En outre, les passions martiales investissent des lieux divers, parfois détournés de leur usage courant et chargés de sens nouveaux. On s’intéressera aussi bien aux musées, aux salles sportives, aux équipements spécifiques qu’aux donjons, forteresses et châteaux médiévaux et, plus généralement, aux sites historiques et lieux de mémoire mobilisés.

5/ Représentations et rapport à l’histoire : dans l’ordre des passions culturelles, celles qui se fixent sur les questions martiales entretiennent un rapport particulier à l’histoire. Il peut s’agir d’un passé mythifié ou d’événements authentiques que la passion charge d’affects et de significations nouvelles, parfois fortement politisées dans un contexte contemporain. Il faut enfin envisager le poids des représentations culturelles et notamment médiatiques. La littérature, le cinéma d’action, les jeux vidéos représentent de puissants réservoirs de modèles pour les passions martiales.

Calendrier

-Soumission d’un résumé en français ou anglais (2 500 signes maximum) et d’une brève notice bio-bibliographique à l’adresse suivante : rencontres.philies@gmail.com avant le 2 juin 2025

-Notification : 16 juin 2025

-Journée d’études : 17 et 18 octobre 2025. Une prise en charge des frais de déplacement et d’hébergement (une nuitée) est envisageable.

Membres du comité en charge de la sélection des propositions de contribution :
– Fabien Archambault, Université Paris I Panthéon-Sorbonne, CHS
– Loïc Artiaga, Université de Pau et des pays de l’Adour, ITEM
– Pascale Goetschel, Université Paris I Panthéon-Sorbonne, CHS
– Julie Verlaine, Université de Tours, CETHIS

Informations

Adresse du carnet de recherche du projet : https://philies.hypotheses.org

Contact des organisateurs : loic.artiaga@univ-pau.fr ; fabien.archambault@univ-paris1.fr; pascale.goetschel@univ-paris1.fr ; julie.verlaine@univ-tours.fr

[1] Voir https://philies.hypotheses.org/